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Reprises

ROUCAUTE CHANTE SPRINGSTEEN
 
 
Pour ceux de ma génération, comprendre les textes des chanteurs ou des groupes américains est essentiel. Nous avons aimé Dylan et nous voulions comprendre pourquoi il était novateur, révolutionnaire, indispensable. Comprendre sa pensée au travers de ses poèmes et chansons était vital. Pierre Delanöé au travers de Hugues Auffray, Serge Kerval, moins connu, nous a aidé à approcher dans son univers.

Côtoyer Leonard Cohen en étant au plus près de ses litanies, mélopées et prières était tout aussi vital pour ne pas passer à côté de la source poétique, prophétique parfois. Jacques Vassal et Graeme Allwright ont largement contribué à décoder l’univers complexe, mystique, d’amour et de haine de Leonard Cohen.

Aujourd’hui, l’un des maîtres de la musique rock américaine s’ouvre un peu à nous grâce, entre autres, à mon site le http://brucespringsteensite.com consacré aux traductions du Boss. Mais il manquait quelqu’un pour le chanter en français, le chanter sans le trahir, le chanter en montrant la similitude de sa culture avec notre culture francophone. Born in the USA ne semblait pas adaptable en français. Était ce possible ? The river ?  Pouvait ont avoir l’équivalent à franchement chanté ?

Je n’y croyais pas et pourtant… Gilles Roucaute l’a fait et plutôt TRES bien fait. Je l’ai vu en concert À L’OGRESSE rue de Bagnolet, chanter une dizaine de Springsteen’s tunes et le résultat est plutôt bluffant.

Tout d’abord , il n’imite pas Springsteen musicalement. Les mélodies sont les mêmes et la formule est intimiste. Deux musiciens dont lui au chant. Une Gibson folk et une fender derrière avec divers effets selon les chansons. On est proche de Nebraska souvent et pas loin de Devils and dust. Et ça le fait, car Gilles Roucaute a une belle voix et une présence chaleureuse.

Ensuite, il ne s agit ni de la pédagogie, ni une conférence sur l’œuvre de Springsteen, pas plus qu’une traduction linéaire voire littéraire. Gilles Roucaute n’a pas pris le Harrap’s ni les traducteurs automatiques sur l’ordi. Comme il le dit lui même, il chante les chansons qu’il a aimé ado. Et elles sont quasi proches des originaux. Attention ce n’est pas non plus du Canada Dry. C’est bien du Springsteen en français. Gilles garde l’esprit de la chanson, son thème principal et il adapte plus qu’il ne traduit. Il adapte sans JAMAIS trahir l’esprit Springsteen. Les personnages évoqués sont les mêmes, les images offertes toutes aussi brutales ou poétiques. On est bien chez Springsteen n’en doutez pas !

On entend bien Born in the USA qui devient « Je suis un bon français ». State Trooper qui devient le policier, ou encore Cover me qui devient un très sensuel et torride Viens sur moi. Dit comme ça, ça peut paraître simpliste ou naïf, mais l’ensemble est plus que cohérent et au plus près de ce que chante le Boss.

Si vous allez le voir, je vous laisse découvrir Brillant disguise, Thunder Road I’m on fire, reason to believe et l’oubliée My Father’s house sur Nebraska.
Il est de tout première instance de découvrir en concert Gilles Roucaute qui chante Springsteen. Allez sur son site : http://www.roucaute.com pour essayer de dégoter une date près de chez vous.

Il est également de toute première instance qu’un producteur l’aide à acquérir les droits pour en faire un disque et faire connaître Bruce Springsteen à ceux ou celles que la barrière de la langue dérange. Et cerise sur le gâteau, ils découvriront à quel point Springsteen est engagé pour que son Amérique soit une une Amérique humaine et on rêvera aussi que notre France sarkozienne le devienne un jour.
Albert Labbouz pour Désespoir Productions Novembre 2010